Le jour se levait, à l'horizon. Le soleil, pas encore visible, éclairait déjà le ciel d'un bleu d'Agathe, donnant à la brume une lueur surnaturelle au dessus du lac de Jugon. Les petites fées du lac avaient toutes cessé de danser depuis que leurs mamans n'étaient plus là. Elles avaient cessé de les appeler et cela ne les faisait plus rire du tout. Peut être avaient elles joué trop longtemps... Inquiète, la petite fée toute simple retourna sur la berge, ses pattes palmées se transformant de nouveau en pieds, ses grandes ailes blanches redevenant des bras humains. Mais la petite fée toute simple, le cailloux à la main, n'avait plus l'air d'une petite fille. Ses cheveux bouclés et châtains avaient poussé, son corps s'était développé, elle n'était plus l'enfant d'autrefois, combien de temps avait passé depuis qu'elle vivait en cygne, auprès de Juliette, son amie ? Ses yeux d'enfant, couleur noisette, étaient devenus comme deux amandes, elle avait tant changé. Où avait bien pu passer sa maman ? Elle n'entendait plus le son mélodieux de sa voix. Cherchant autour du lac embrumé, elle compris que le temps s'était écoulé, mais son c½ur n'avait pas changé elle restait cette petite fille, à l'intérieur.
Au loin, d'une posture majestueuse, les ailes repliées sur son dos, le cou arqué gracieusement, un cygne vint vers elle. Il était d'un blanc nacré, presque argenté, le bec rouge comme un rubis au bout noir d'obsidienne, tout dans ce cygne semblait venu d'un autre monde. Ses yeux bleus-gris, tendres et bienveillants, lui rappelaient quelqu'un dont elle était très proche, mais ces dix années lui avait fait oublier beaucoup, beaucoup de son passé d'enfant. Le cygne étendit ses ailes au dessus de l'eau, et vint se poser gracieusement face à elle. Il faisait sa taille, le cou la dépassant largement, et contre toute attente, l'oiseau majestueux referma ses ailes sur la jeune fille toute simple, qui ressentit son c½ur chavirer et les larmes lui monter aux yeux. Ce cygne, si magnifique, elle s'en souvenait à présent, et se souvenir ainsi, après dix ans, que son plus grand amour s'était échappé lui tordit les entrailles.
Est il normal d'aimer autant sa mère ? Malgré les défauts qu'on apprend d'elle chaque jour, de la bouche de son père, est il normal de l'admirer toujours autant ?
Marie-France Hellebout a quitté ce monde le 22 Juin 1998, dans la soirée, les yeux dans l'eau, le c½ur dans les nuages... et tout le monde s'en fiche. Pourtant, pour ceux qui ont su ouvrir leur c½ur, elle donne encore cette image de la "femme parfaite" à qui tout le monde aimerait ressembler. Beaucoup me disent qu'ils regrettent de ne pas l'avoir connue, moi je regrette de ne pas l'avoir connue mieux. Cette femme qui a décidé d'abandonner son travail pour se consacrer au bonheur de ses enfants a parfaitement réussi son ½uvre. Si d'autres ont oublié ce qu'elle avait fait de bien pour nous, je garderai dans ma mémoire la perfection d'une mère plus dévouée que toutes les autres rencontrées jusqu'alors. Et si, aujourd'hui, elle peut me lire, je pense que devant ses amis esprits, elle peut se vanter d'être la meilleure Maman au monde.
Lorsque le cygne ouvrit ses ailes, la jeune fille toute simple avait repris sa forme animale, et toutes deux s'envolèrent ensemble vers les nuages crème chantilly, pour se raconter le temps passé et se souvenir que jamais l'amour véritable ne nous quitte, ce même à travers la mort.